Marcel Grateau : l’homme derrière l’ondulation Marcel
De l’apprentissage chez un barbier de province aux salons parisiens : le parcours d’un coiffeur dont le nom allait entrer dans l’histoire de son métier.
Aujourd’hui encore, le nom de Marcel Grateau est associé à une technique de coiffure : l’ondulation Marcel. Mais derrière cette invention se trouve l’histoire d’un jeune homme issu d’un milieu modeste, qui dut surmonter des débuts difficiles avant de connaître une réussite exceptionnelle.
En 1909, le coiffeur et auteur Émile Long lui consacre une notice biographique dans son Traité d’ondulation. Son témoignage permet de retracer les principales étapes de cette carrière, depuis l’apprentissage jusqu’au retrait des affaires.
Un apprentissage commencé très jeune
Marcel Grateau naît le 18 octobre 1852 à Chauvigny, dans le département de la Vienne.
Selon Émile Long, ses parents sont des travailleurs modestes. Ils le placent très jeune en apprentissage chez un barbier de la région. Marcel commence ainsi à apprendre son métier avant d’avoir pu recevoir une instruction scolaire approfondie.
Il travaille ensuite chez plusieurs perruquiers. À dix-huit ans, vers 1870, il part pour Paris.
La capitale offre davantage de possibilités professionnelles, mais les débuts du jeune coiffeur sont loin d’être faciles.
Long raconte notamment qu’après s’être présenté comme capable de réaliser des coiffures féminines, Marcel manque sa première tentative. La cliente, mécontente, refait elle-même sa coiffure et le patron congédie immédiatement son nouvel employé.
Dans un autre établissement, on lui demande d’abord de nettoyer la devanture. Il préfère partir.
Ces anecdotes sont rapportées par Long près de quarante ans après les faits. Elles témoignent surtout de la manière dont il présente les premières années de Marcel : celles d’un jeune ouvrier qui doit encore apprendre son métier et trouver sa place.
Les premières clientes et une idée nouvelle
À vingt ans, Marcel commence à coiffer des clientes à domicile pour son propre compte.
Il se marie et fait venir auprès de lui sa mère, devenue veuve.
C’est également à cette époque, selon Long, qu’il remarque une différence dans les chevelures qu’il travaille. Certaines présentent de belles ondulations naturelles, tandis que d’autres restent presque entièrement lisses.
Marcel cherche alors à reproduire artificiellement ces mouvements.
L’idée paraît simple, mais sa réalisation demande des essais et une nouvelle manière d’utiliser le fer à friser.
Long situe cette première réflexion en 1872. Il ne faut cependant pas confondre cette date avec celle de la commercialisation ultérieure du fer Marcel ou avec la diffusion de la méthode dans les salons.
L’invention se développe progressivement, au fil du travail quotidien.
Une petite boutique rue de Dunkerque
Environ dix-huit mois après ses débuts à domicile, Marcel ouvre son premier établissement au 87, rue de Dunkerque, à Paris.
Long décrit une boutique très modeste.
Marcel y pratique le rasage pour vingt centimes et la coiffure féminine pour cinquante centimes. Il réalise également des postiches, travaille les montures et effectue lui-même de nombreuses opérations de fabrication.
Les journées sont longues. Malgré ses efforts, les revenus restent insuffisants.
Long rapporte que Marcel aurait dû vendre presque tout le mobilier de son logement pour payer les six premiers mois de loyer de sa boutique.
L’anecdote illustre les difficultés financières de ses débuts, même si elle nous est connue par le récit biographique publié en 1909.
Peu à peu, cependant, la clientèle augmente.
Marcel perfectionne son ondulation et commence à la proposer contre rémunération. Le travail des barbes est progressivement confié à un employé, tandis qu’il se consacre davantage aux coiffures féminines.
La naissance de ses enfants accroît les charges du ménage, mais son activité continue de se développer.
Le 1er avril 1882 : une nouvelle adresse
Le succès permet finalement à Marcel de vendre son premier fonds de commerce à son employé Germain.
Le 1er avril 1882, il ouvre un nouvel établissement au 2, rue de l’Échelle, au cœur de Paris.
Cette adresse devient étroitement associée à sa réputation.
La réussite n’est pourtant pas immédiate. Long explique que les frais de fonctionnement sont élevés et que Mme Marcel tombe malade. Le couple doit également élever deux enfants.
L’établissement fonctionne, mais ne dégage pas encore les bénéfices espérés.
La situation évolue au cours des années suivantes.
Quand l’ondulation devient une spécialité recherchée
À partir de 1885, selon Long, l’ondulation Marcel attire de plus en plus l’attention des autres coiffeurs.
Les premiers imitateurs apparaissent, mais ils ne maîtrisent pas encore parfaitement la technique.
La clientèle de Marcel augmente rapidement. Sa réputation lui permet d’élever ses tarifs.
Long situe le début des véritables enchères autour de 1888 et indique qu’elles se poursuivent pendant l’Exposition universelle de Paris de 1889.
La demande devient telle que certaines clientes sont prêtes à payer des sommes considérables pour obtenir une ondulation réalisée par Marcel lui-même.
La réussite professionnelle s’accompagne cependant d’une épreuve personnelle : Marcel devient veuf pendant les années où il travaille rue de l’Échelle.
En 1892, sa fille, âgée de dix-sept ans selon Long, épouse le docteur G. Rozier. L’année suivante, Marcel devient grand-père à quarante et un ans.
1897 : le retrait des affaires
Au début de l’année 1897, une démonstration de l’ondulation Marcel paraît dans la revue professionnelle La Coiffure française illustrée.
Le fer Marcel est également mis en vente.
Il s’agit d’une étape importante : la technique qui avait fait la réputation d’un seul coiffeur devient accessible à un nombre croissant de professionnels.
À la fin du mois de juillet 1897, Marcel ferme son établissement de la rue de l’Échelle et se retire des affaires.
Long indique qu’il possède alors une fortune d’un million de francs.
En un peu plus de vingt ans, le jeune coiffeur qui avait ouvert une modeste boutique rue de Dunkerque est devenu un homme fortuné dont le nom est connu dans la profession.
Un maître reconnu par ses contemporains
En 1909, Émile Long publie son Traité d’ondulation et le dédie à Marcel.
Ce dernier lui adresse une lettre datée du 25 août 1909, dans laquelle il le remercie et approuve la présentation de sa méthode.
Ce document est particulièrement intéressant : il établit un lien direct entre l’inventeur et l’auteur du traité.
Il ne transforme pas chaque anecdote du livre en fait indépendamment vérifié, mais il montre que Marcel reconnaissait la valeur de cette publication consacrée à l’ondulation.
Son nom avait alors dépassé depuis longtemps les limites de son ancien salon parisien.
Une vie, plusieurs histoires à raconter
Marcel Grateau meurt le 31 mai 1936, à l’âge de 83 ans.
Les sources consultées divergent sur le lieu de son décès : certaines indiquent Paris, tandis qu’un article nécrologique américain contemporain mentionne sa propriété du Château du Theil, près de Bernay. Cette question reste à documenter plus précisément.
Son parcours ne se résume pourtant ni à sa fortune ni à une date d’invention.
Il raconte aussi les difficultés d’un jeune artisan, l’apprentissage d’un geste nouveau et la transformation progressive d’une méthode personnelle en une spécialité professionnelle.
L’ondulation Marcel mérite donc d’être étudiée pour elle-même, sans être confondue avec la permanente que Charles Nessler développera plus tard.
Dans le prochain article, nous reviendrons sur la question essentielle : comment Marcel parvenait-il à créer ses ondulations avec un fer chauffé ?
Source principale : Émile Long, Traité d’ondulation, 1909, deuxième partie, chapitre XXIII, « Notice biographique sur Marcel », p. 97–100 ; chapitre XXIV, « La découverte de l’Ondulation Marcel », à partir de la p. 100 ; lettre de Marcel à Émile Long, 25 août 1909.
Armin Wolfarth — Recherche historique indépendante, Winterthour, Suisse.
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