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Marcel Grateau : l’inventeur de l’ondulation Marcel

La vie et l’œuvre d’un coiffeur français qui transforma l’art de l’ondulation bien avant l’apparition de la permanente.

Lorsque l’on évoque l’histoire de la permanente, le nom de Charles Nessler vient rapidement à l’esprit. Pourtant, plusieurs décennies avant ses premiers appareils, un coiffeur français avait déjà profondément transformé la manière de mettre les cheveux en forme : Marcel Grateau.

Avec l’ondulation qui porte son nom, il fit du travail au fer chauffé une technique précise, enseignée et pratiquée bien au-delà de la France. Son invention ne produisait pas une permanente au sens moderne du terme, mais elle occupa une place essentielle dans l’évolution de la coiffure.

De Chauvigny à Paris

Marcel Grateau naît le 18 octobre 1852 à Chauvigny, dans le département de la Vienne.

Les documents historiques le mentionnent également sous les noms de François Marcel, François Marcel Grateau ou François Marcel Woelfflé. Ces différentes appellations compliquent parfois les recherches biographiques, bien qu’elles renvoient au coiffeur associé à l’ondulation Marcel.

Après son apprentissage en province, il gagne Paris. Ses premières années dans la capitale ne sont pas faciles. Selon les récits consacrés à sa carrière, il travaille pour plusieurs employeurs avant de s’établir dans une petite boutique de la rue de Dunkerque.

Il y coiffe une clientèle modeste et réalise également des travaux de perruquerie et de coiffure pour le théâtre.

C’est dans ce contexte professionnel qu’il poursuit ses expériences sur la mise en forme des cheveux.

La naissance de l’ondulation Marcel

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les fers chauffés sont déjà utilisés pour former des boucles. Marcel Grateau cherche cependant un résultat différent : non pas une succession de boucles isolées, mais des ondulations régulières, souples et harmonieuses.

La mise au point de sa méthode est généralement située vers 1872, même si certaines publications donnent des dates légèrement différentes.

Son procédé repose sur un fer chauffé et sur une manière particulière de travailler chaque mèche. Par des mouvements successifs, le coiffeur imprime au cheveu une série de vagues profondes et régulières.

Le résultat dépend étroitement du savoir-faire de celui qui tient l’instrument. Il faut contrôler la température du fer, la pression exercée, la direction du mouvement et la tension des cheveux.

Un fer trop chaud peut brûler la chevelure. S’il n’est pas assez chaud, l’ondulation ne prend pas correctement.

L’innovation de Marcel réside donc autant dans la méthode de travail que dans l’instrument lui-même.


[INSÉRER ICI L’IMAGE 1 — FACE AVANT DE L’EMBALLAGE]

Emballage d’origine d’un « Fer Ondulateur Marcel


Emballage d’origine d’un « Fer Ondulateur Marcel » commercialisé en France. Cet instrument témoigne de la diffusion de l’ondulation thermique avant l’apparition de la permanente. Collection Armin Wolfarth.


Une technique temporaire, mais durable pour son époque

L’ondulation Marcel n’est pas une permanente.

Elle modifie temporairement la forme des cheveux sous l’effet de la chaleur. Selon la nature de la chevelure et la qualité de l’exécution, le résultat peut se maintenir plusieurs jours, voire jusqu’à deux semaines, comme le rapportent certaines descriptions historiques.

L’ondulation doit néanmoins être renouvelée.

Cette distinction permet de comprendre la différence fondamentale entre les travaux de Marcel Grateau et ceux de Charles Nessler : le premier perfectionne l’ondulation au fer, tandis que le second cherche à obtenir une transformation qui résiste au lavage.

La méthode de Marcel représente toutefois un progrès important. Elle permet de réaliser des coiffures dont les vagues sont mieux définies et plus régulières que celles obtenues par de nombreuses techniques antérieures.

Un succès dans les salons

L’ondulation Marcel rencontre un succès considérable.

À Paris, elle répond au goût pour les coiffures élégantes et soigneusement construites. Sa réputation se répand ensuite dans les salons européens, où elle devient une technique professionnelle à part entière.

Maîtriser le fer Marcel demande de l’expérience. Les coiffeurs doivent apprendre à placer les mèches, à conduire l’instrument et à obtenir des ondulations régulières sans endommager les cheveux.

La technique devient ainsi un élément de la formation professionnelle.

Marcel Grateau acquiert une renommée qui dépasse largement son propre salon. Il est notamment surnommé « Le Roi » dans les récits consacrés à sa carrière.

Son nom entre également dans le vocabulaire de la coiffure. Dans le monde anglophone, le terme marcelling désigne le travail d’ondulation au fer.

Peu de coiffeurs ont laissé leur nom à une technique pratiquée pendant plusieurs générations.

Un instrument devenu un produit commercial

La diffusion de l’ondulation Marcel ne se limite pas à la transmission du geste professionnel.

Les fers sont fabriqués et commercialisés sous différentes formes. Les emballages et les notices permettent aujourd’hui de suivre cette évolution.

L’un des exemplaires conservés dans ma collection porte une présentation multilingue. Il témoigne de la commercialisation internationale de ces instruments et de la volonté d’en expliquer l’utilisation aux acheteurs.

L’ondulation Marcel est donc à la fois une technique de salon et un produit associé à un marché de plus en plus étendu.


Verso de l’emballage historique du fer à onduler Marcel

Verso de l’emballage historique du fer à onduler Marcel, avec une description du produit et des indications d’utilisation en plusieurs langues. Collection Armin Wolfarth.


Marcel Grateau, inventeur et technicien

La carrière de Marcel ne s’arrête pas à l’invention de son ondulation dans les années 1870.

Son nom apparaît également dans l’histoire des brevets américains relatifs aux instruments de coiffure.

Le premier exemple mentionné dans mes recherches concerne un brevet américain de 1905 pour un fer à friser (curling iron).

Un autre brevet, daté de 1918, porte sur un fer à onduler (hair-waving iron) et apparaît sous le nom de François Marcel.

Ces documents montrent que son activité technique s’inscrit dans une période beaucoup plus longue que celle de ses premières expériences parisiennes.

Ils illustrent aussi l’évolution du métier : à côté du geste artisanal apparaissent des instruments spécialisés, fabriqués et diffusés à une échelle internationale.

Londres lui rend hommage en 1908

La réputation de Marcel Grateau dépasse les frontières françaises.

Le 28 juillet 1908, une fête organisée en son honneur se tient à la Kings Hall, à Londres.

Selon la presse professionnelle de l’époque, cette « Fête Marcel » rassemble plus de 500 participants. L’événement témoigne de la reconnaissance dont il bénéficie dans le milieu britannique de la coiffure.

Cette date présente un intérêt particulier pour l’histoire de Charles Nessler.

À la même époque, Nessler travaille lui aussi à Londres, où il développe son procédé de permanente. Sa démonstration publique du 8 octobre 1906 a déjà eu lieu.

Les deux hommes sont associés à des méthodes différentes, mais leurs travaux appartiennent à une période durant laquelle les techniques d’ondulation connaissent de profondes transformations.

La reconnaissance accordée à Marcel en 1908 montre que l’ondulation au fer conserve alors toute son importance, même lorsque les premiers procédés de permanente commencent à apparaître.

De l’ondulation Marcel à la permanente

Il serait inexact de présenter Marcel Grateau comme l’inventeur de la permanente.

Son procédé repose sur une mise en forme thermique temporaire. La permanente de Nessler cherche, au contraire, à produire une ondulation qui résiste au lavage grâce à un traitement associant notamment chaleur, humidité et préparations chimiques.

Il ne s’agit donc pas de deux noms pour une même invention.

L’histoire de ces techniques révèle cependant une évolution du métier de coiffeur : les cheveux ne sont plus seulement arrangés ou bouclés, ils sont travaillés selon des méthodes de plus en plus précises, à l’aide d’instruments spécialisés.

Marcel contribue à établir une culture professionnelle de l’ondulation, tandis que Nessler poursuit un autre objectif, celui de sa durabilité.

Leurs noms permettent de comprendre deux étapes distinctes de l’histoire de la coiffure moderne.

Les dernières années et la question du lieu de décès

Le succès de Marcel Grateau lui apporte une fortune importante. Un article nécrologique publié par le magazine américain Time en 1936 évoque sa richesse et son retrait sur une vaste propriété.

Marcel Grateau meurt le 31 mai 1936, à l’âge de 83 ans.

Les sources consultées ne concordent toutefois pas entièrement sur le lieu de son décès. Des sources françaises indiquent Paris, tandis qu’un article nécrologique américain contemporain situe sa mort dans sa propriété du Château du Theil, près de Bernay.

En l’état des recherches, il convient de conserver cette différence entre les sources plutôt que de retenir arbitrairement l’un des deux lieux.

Un nom toujours présent dans l’histoire de la coiffure

L’ondulation Marcel traverse les modes et les frontières.

Son nom reste associé à une technique caractéristique du travail au fer, tandis que les instruments historiques, les brevets et les publications professionnelles permettent aujourd’hui d’en retracer l’évolution.

Marcel Grateau ne fut pas l’inventeur de la permanente. Il fut l’un des artisans de la transformation de l’ondulation en une technique professionnelle précise et largement diffusée.

Pour comprendre le passage des fers à onduler du XIXe siècle aux premières machines à permanente du XXe siècle, son histoire mérite d’être racontée aux côtés de celle de Charles Nessler.


Armin Wolfarth
Recherche historique indépendante — Winterthour, Suisse

Article original en allemand et documentation :
https://www.nessler-dauerwelle.de/post/marcel-grateau-marcel-wave-history

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